Parcours de recherche

Parallèlement à la littérature, Laurent Grison se consacre à l’histoire de l’art (enseignement et recherche). Agrégé et docteur, qualifié aux fonctions de Maître de conférences en Histoire de l'art (section 22 du CNU) et en Esthétique, architecture, arts plastiques, sciences de l'art (section 18 du CNU), il est associé à plusieurs équipes de recherche universitaires. Il est ou a été membre du jury de plusieurs concours, dont celui de l’agrégation externe d’Arts plastiques. Il est chevalier dans l’Ordre des Palmes académiques.

Sa posture intellectuelle le place délibérément à la convergence de plusieurs champs de la pensée : histoire de l’art, esthétique, littérature comparée, histoire de la musique, sémiologie… Sa méthode se fonde sur la confrontation d’œuvres de différents domaines de création : littérature, arts visuels, musique, etc. Il travaille : « à la genèse d’une pensée avec l’art plus que sur l’art, d’une pensée spéculative et imaginative ». Ses recherches portent notamment sur les formes fondamentales de l’espace dans l’art. Sur cette question, son ouvrage majeur est Figures fertiles. Le philosophe Yves Michaud écrit : « Laurent Grison démontre que les figures de l'échange ont leur signification spatiale mais aussi leurs valeurs symboliques. Elles disent le trivial, le risque et la peur, la rencontre, le choix, la crise, la droite et la gauche, les dieux des carrefours, la théâtralisation, les quatre vents, le choix moral ». L'historien de l'art et critique Pascal Bonafoux évoque, dans le Magazine littéraire (rubrique Art), le « foisonnement » de Figures fertiles : « Foisonnement où, comme dans une église baroque où l’on ne sait plus où commence le stuc au-delà du marbre, où la peinture prend le relais du stuc, les éléments qui semblent les plus disparates se fondent en un ensemble qui prend sens ». Laurent Grison souligne que son livre est « conçu comme un lieu d’expériences ». Il propose des concepts nouveaux (comme celui d’orbialisation) et en approfondit d’autres (comme ceux d’interspatialité et d’intertemporalité).

Laurent Grison étudie aussi les relations complexes entre le lieu, le temps et la mémoire dans les arts. C’est l’objet de plusieurs contributions récentes à des ouvrages collectifs ainsi que de son livre Les Stries du temps. L’artiste, le lieu et la mémoire. Le lien entre celui-ci et les travaux d'Umberto Eco, notamment L'Œuvre ouverte (1962), est explicite. L’écrivaine Régine Detambel explique que le livre Les Stries du temps « se déguste en donnant à la fois l’impression de tout connaître et l’envie de tout vouloir connaître, du Paris hyperdescriptif de Georges Perec (in Tentative d'épuisement d'un lieu parisien, éditions Christian Bourgois) à Célesteville, la municipalité éléphantesque et calme habitée par Babar, d'Ubu à Victor Hugo via Dante et les calligrammes d'Apollinaire ». L'écrivain Alberto Manguel le considère comme « un fascinant entrecroisement de réflexions sur la littérature, l’art et la philosophie » et estime que les sept parties du livre, qui sont autant d’essais à part entière, « mettent au découvert les jeux que les artistes (et donc le public) font avec le temps et l’espace, qu’ils traduisent en mots, sons et couleurs ». Il ajoute que les « analyses des méthodes de travail de Borges, Britten ou même de l’auteur de Babar » permettent de « réfléchir à l’artificialité (voire la construction artistique) de nos visions spatiales et temporelles ».

Dans le même esprit, Laurent Grison travaille sur les représentations de la ville et sur l'architecture. Il a, en particulier, étudié les aspects symboliques de la place Navone (Rome) à l’époque baroque ou encore la notion de ville-modèle dans les années 1930. Il a proposé divers concepts dont celui de haute place (conçu à partir de celui de haut lieu, développé par l’historien Pierre Nora) dans une étude sur les usages politiques et spectaculaires de la place de la République (Paris) en 1958 ou encore celui de bas lieu pour Aldeburgh (dans l’opéra Peter Grimes de Britten).

Les recherches de Laurent Grison portent, parallèlement, sur les enjeux de la diplomatie culturelle et des politiques culturelles au XXe siècle. Une partie de ses travaux dans ce domaine a été publiée dans le livre : Entre rayonnement et réciprocité. Contributions à l’histoire de la diplomatie culturelle (Publications de la Sorbonne). Il a défriché un champ d’étude peu fréquenté, celui de la diplomatie culturelle du gouvernement de Vichy et analysé, par exemple, le cas de l'Alliance israélite universelle, à partir des archives diplomatiques du Quai d’Orsay (Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères).

Laurent Grison s'intéresse aussi au fait religieux et aux relations entre l'art et le sacré, y compris dans leurs formes les plus récentes.

Essayiste et critique, il publie des textes sur des écrivains (Maeterlinck, Apollinaire, Alfred Jarry, Borges, Tristan Tzara, Perec...), des artistes (Degouve de Nuncques, Max Ernst, Sophie Calle, Bustamante, Seguí, Jean-Pierre Raynaud, Pignon-Ernest, Boltanski...) et des compositeurs (Debussy, Stravinsky, Britten, Poulenc, Steve Reich, Boulez...).

Laurent Grison présente ses travaux dans des universités et de grandes écoles comme l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, l'Université Jean-Moulin-Lyon-III, l’École nationale des beaux-arts de Lyon, l'Université Stendhal (Grenoble-III) et beaucoup d'autres. Il est aussi invité à donner des conférences dans des institutions, notamment l’Université de tous les savoirs (UTLS, Paris, conférence diffusée intégralement sur France Culture), la Villa Gillet (Centre d'analyse et de diffusion de la pensée et des Arts contemporains, Lyon), etc. Il participe à des colloques, en France et à l'étranger (il a récemment été invité par l'Association Internationale des Critiques Littéraires à l'université de Prizren et à celle de Pristina, au Kosovo).

Les travaux de recherche de Laurent Grison sont utilisés et diffusés dans le monde universitaire, en France comme à l'étranger. On peut citer Phillip John Usher, professeur associé à l’université de New York, qui reprend le concept d’orbialisation, notamment dans son livre : Errance et cohérence. Essai sur la littérature transfrontalière à la Renaissance (2010).